Relations abusives invisibles: le cas Ross/Rachel

Contenu sensible: dans cet article, j’évoquerai la question des relations abusives et leur représentation dans la culture. Je traiterai en particulier des violences psychologiques perpétuées au sein de relations abusives.

Cet article se concentrera sur l’analyse de la relation Ross-Rachel dans la série télévisée Friends. Pour une analyse plus détaillée du sexisme de la série, je vous renvoie à ce billet. La suite de ce billet révélera des moments-clés de la série Friends. Je rappelle aussi qu’il est possible de critiquer les aspects problématiques d’une oeuvre tout en l’appréciant.

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Quelques mots sur les violences conjugales

La représentation des relations abusives reste, à mes yeux, un problème majeur dans les fictions créées en Occident: trop souvent, des relations de couple abusives sont décrites comme saines et affectueuses, et trop souvent les violences y sont justifiées par la « passion » ou par « l’amour » que ressentent les protagonistes l’unE pour l’autre (cf. cet article en anglais étudiant la »romanticisation » des relations abusives et l’empathie pour l’agresseur dans la pop-culture).

La violence physique et la violence psychologique sont les deux composantes principales des relations abusives. Il existe de très nombreux signes qu’une relation de couple est devenue abusive, mais la diversité des abus et l’incompréhension collective de la notion d’abus rend la détection des violences conjugales d’autant plus difficile.

Le schéma ci-dessus décrit les différents types de violence (en anglais).

Cette liste (non exhaustive) montre la diversité des types d’abus dans les relations hétérosexuelles. Il est important de noter que les violences conjugales ne sont pas nécessairement physiques (cependant, plus une relation abusive dure, plus le risque de violences physiques augmente).

L’exemple de Ross et Rachel

Dans cette partie, j’aborderai la relation Ross/Rachel au cours de la saison 2 et 3 de Friends, et je montrerai que le comportement de Ross se montre régulièrement plus abusif et violent, et ce jusqu’à la fin de leur relation (S03E16 « The One with the morning after« ). Je montrerai les signaux d’alerte pour chaque exemple avec le terme « red flags ».

  • Saison 2, épisode 8 « The One with the List »

Lors de cet épisode, Ross hésite entre Rachel et Julie, et décide (sur les conseils de Chandler) d’établir une liste de « Pour » et « Contre » afin de choisir. Rachel découvre la liste et en veut terriblement à Ross. Elle lui explique même dans une tirade qu’il lui est impossible de pardonner à la personne en qui elle a le plus confiance d’avoir créé une liste pour la comparer à une autre.

Red Flags: en observant les réponses de Ross lorsqu’il crée sa liste, on remarque plusieurs choses: Ross semble attiré par la personne qu’il estime le moins et qui se trouve dans la situation la plus vulnérable financièrement et professionnellement (Rachel). Il termine néanmoins par dire que le défaut de Julie c’est qu’elle « n’est pas Rachel »: si cette réplique semble très romantique à l’écran, elle sous-entend que Ross est non seulement incapable de trouver la moindre qualité à Rachel, mais qu’il confond aussi le sentiment amoureux et la préférence qu’il a pour Rachel.

Transcription (en anglais)

Joey: Ok, let’s start with the cons, ’cause they’re more fun. All right, Rachel first.

Ross: I don’t know. I mean, all right, I guess you can say she’s a little spoiled sometimes.

Joey: You could say that.

Ross: And I guess, you know, sometimes, she’s a little ditzy, you know. And I’ve seen her be a little too into her looks. Oh, and Julie and I, we have a lot in common ’cause we’re both paleontologists, but Rachel’s just a waitress.

Chandler: Waitress. Got it. You guys wanna play Doom? Or we could keep doing this. What else?

Ross: I don’t know.

Joey: Oh, her ankles are a little chubby.

Chandler: Ok, let’s do Julie. What’s wrong with her?

Ross: (long pause) She’s not Rachel.

Sans titre

  • Saison 3, épisode 11 « The One where Chandler can’t remember which sister »

Cet épisode est charnière pour la relation Ross/Rachel puisqu’il introduit le personnage de Mark, qui devient le prétexte de la jalousie de Ross envers Rachel. Rappelons que Rachel démissionne de son travail de serveuse lors de l’épisode suivant, uniquement pour se retrouver dans une fonction d’assistante (qui doit servir le café à son patron). Rachel rencontre Mark par hasard dans le dinner où travaille Monica, et ce dernier lui propose un entretien d’embauche dans la prestigieuse entreprise Bloomingdale’s. A partir de cet épisode, Ross voue une jalousie acharnée à Rachel et à sa relation avec Mark.

Red Flags: au lieu de se réjouir pour l’opportunité de carrière de Rachel, Ross s’enfonce dans la jalousie pour Mark et prétend que Mark souhaite simplement séduire Rachel. Rappelons que c’est la première fois que Rachel a l’occasion de se rapprocher du job de ses rêves et d’obtenir une paie bien meilleure.

Transcription:

Ross: Hi!

Rachel: Hi! So I’m out having lunch at Monica’s and this guy starts talking to me, and it turns out he works for a buyer at Bloomingdale’s and there happens to be an opening in his department. So I gave him my phone number and he’s gonna call me this weekend to see if he can get me an interview!

Ross: Wow!

Rachel: I know!

Ross: What, so this guy is helping you for no apparent reason?

Rachel: Uh-huh!

Ross: And he’s, he’s a total stranger?

Rachel: Yeah! His name is um, Mark something.

Ross: Huh. Sounds like Mark Something wants to have some sex.

Rachel: What!?

Ross: Well, I’m just saying, I mean why else would he just, y’know, swoop in out of nowhere for no reason.

S03e11

  • Saison 3, épisode 12 : « The one with all the jealousy » 

Ross est toujours autant jaloux de la nouvelle situation de Rachel (qui a obtenu la place d’assistante à Bloomingdale’s, le premier travail qui l’épanouisse réellement). Il décide de lui envoyer diverses preuves de « son amour » au bureau de Rachel (qui travaille au même endroit que Mark) : peluches, fleurs, chocolats, cartes musicales, cadeaux en tous genres ainsi qu’un Barbershop Quartet (voir l’image ci-dessous). Rachel l’accuse de vouloir « marquer son territoire » et Ross lui assure qu’il est « blessé » qu’elle puisse croire une chose pareille.

Red Flags: Ross décide d’envahir le lieu de travail de Rachel au moyen de cadeaux divers, afin de lui rappeler qu’elle n’est jamais hors de sa portée. Lorsque Rachel l’accuse d’avoir utilisé des cadeaux pour la manipuler affectivement, Ross prétend être blessé (« I’m Hurt ! […] Hurt ! Hurt! ») et essaie probablement de manipuler à nouveau Rachel avec du chantage affectif. Il utilise une formule réifiante pour parler de Rachel (« So, it’s hard for me to believe that I’m not gonna, well that someone else is not going to take you away. »)

Transcription:

Ross: I’m hurt! I’m actually hurt, that you would think that I would send you any of those things out of any thing other than love. Hurt! Hurt!

Rachel: All right Ross!! I get it!!

Ross: I mean my God…

Rachel: You’re hurt!

Ross: …can’t, can’t a guy send a barbershop quartet to his girlfriend’s office anymorrrrre!!

Rachel: Oh, please, Ross it was so obvious! It was like you were marking your territory. I mean you might have well have just come in and peed all around my desk!

Ross: I would never do that!

Sans titre

 

  • Saison 3, épisode 14: « The One with Phoebe’s ex-partner »

Ross, toujours aussi jaloux, insiste pour assister à une conférence sur la mode avec Rachel, qui avait prévu d’y aller avec Mark, son collègue. Ross s’endort finalement au cours de la conférence, puis au retour insiste sur la nullité du sujet et sur l’ennui que la mode suscite en lui. Rachel le confronte et Ross avoue qu’il s’inquiète de la voir s’épanouir hors de leur relation. Rachel le rassure tout en lui affirmant qu’elle préfère vivre son travail toute seule et qu’elle a besoin d’avoir quelque chose qui soit « à elle ».

Red Flags: Ross continue à envahir les moindres aspects de la vie professionnelle de Rachel, et se montre mécontent quand elle lui explique vouloir quelque chose qui ne soit « qu’à elle ». Il utilise à nouveau une formule réifiante (« you’re slipping away from me ») pour désigner Rachel. Et on notera que Rachel doit justifier une chose qui paraît pourtant évidente (son droit à contrôler sa vie comme elle l’entend).

Transcription:

Rachel: Y’know if what I do is so lame, then why did you insist on coming with me this morning? Huh? Was it so I just wouldn’t go with Mark?

Ross: No. I… I wanted to be with you. I don’t know, I feel like lately, I feel like you’re slipping away from me, y’know. With this new job, and all these new people, and you’ve got this whole other life going on. I-I-I know it’s dumb, but I hate that I’m not a part of it.

Rachel: It’s not dumb. But, maybe it’s okay that you’re not a part of it. Y’know what I mean? (Ross looks confused) I mean it’s like, I-I-I like that you’re not involved in that part of my life.

Ross: That’s a little clearer.

Rachel: Honey see, it doesn’t mean that I don’t love you. Because I do. I love you, I love you so much. But my work it’s-it’s for me y’know, I’m out there, on my own, and I’m doing it and it’s scary but I love it, because it’s mine. I, but, I mean is that okay?

Ross: Sure, I-I-I… (hugs her and mouths No!!)

S03E14

  •  Saison 3, épisode 15: « The One where Ross and Rachel take a break »

Cet épisode marque le fameux « We were on a break » (« mais on avait rompu ! » en français) pour Ross et Rachel. Cette fois-ci, Ross décide d’apporter un panier pique-nique directement au travail de Rachel, bien qu’elle l’ait prévenu qu’elle n’avait pas le temps à lui accorder ce soir là. Furieuse, Rachel tente d’extirper des excuses de la bouche de Ross qui se montre d’abord faussement bienveillant (« I-I completely understand. You were, you were stressed ») puis offensé (« Yeah, well excuse me for wanting to be with my girlfriend on our anniversary, boy what an ass am I »). Il rappelle à Rachel que son poste à Bloomingdale’s « n’est qu’un travail » (« No, but it’d be nice if you realized, it’s just a job ! ») et lorsqu’elle lui rétorque que ce travail est tout pour elle, Ross change de conversation et évoque la supposée attirance de Rachel pour Mark (« Is this about Mark? »).

Red Flags: Ross continue d’envahir la vie professionnelle de Rachel, cette-fois en se rendant directement sur place (alors que Mark ne travaille plus dans le même bureau que Rachel). Il fait appel à des techniques d’abuseur par exemple avec le chantage affectif ou avec le ton faussement indigné (il lui fait croire qu’elle est fautive). Il utilise à nouveau des formules réifiantes, par exemple en parlant d’elle comme d’un concept, d’un objet qu’il souhaite s’approprier et contrôler (« I don’t feel like I even have a girlfriend anymore »; « excuse me for wanting to be with my girlfriend « ).

Transcription:

Rachel: Hi. Look um, about what happened earlier…

Ross: No, hey, well, I-I completely understand. You were, you were stressed.

Rachel: (throws her stuff down) I was gonna give you a chance to apologize to me.

Ross: For what? For letting you throw me out of your office?

Rachel: You had no right coming down to my office Ross. You do not bring a picnic basket to somebody’s work! Unless maybe they were a park ranger!

Ross: Yeah, well excuse me for wanting to be with my girlfriend on our anniversary, boy what an ass am I.

Rachel: But I told you, I didn’t have the time!

Ross: Yeah, well you never have the time. I mean, I don’t feel like I even have a girlfriend anymore, Rachel.

Rachel: Wh, Ross what do you want from me? You want me, you want me to quit my job so you can feel like you have a girlfriend?

Ross: No, but it’d be nice if you realized, it’s just a job!

Rachel:Just a job!

Ross: Yes.

Rachel: Ross do you realize this is the first time in my life I’m doing something I actually care about. This is the first time in my life I’m doing something that I’m actually good at. I mean. if you don’t get that…

Ross: No, hey, I get that, okay, I get that big time. And I’m happy for ya, but I’m tired of having a relationship with your answering machine! Okay, I don’t know what to do anymore.

Rachel: Well neither do I!

Ross: Is this about Mark?

Rachel: (shocked) Oh my God.

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Ross et Rachel: une relation abusive ?

Il est impossible de certifier à 100% que la relation de Ross et Rachel est abusive. Cependant, avec les éléments réunis, on peut supposer qu’il existe une tendance abusive dans leur relation. Il faut souligner plusieurs éléments clés pour l’analyse de leur relation:

  • le spectateur/la spectatrice est constamment interpelléE durant les scènes de conflit entre Ross et Rachel, et amenéE à prendre parti pour Ross.
  • le point de vue offert pendant les premières saisons est affecté par le « male gaze » de Ross sur Rachel: cette dernière est toujours perçue par le regard masculin hétérosexuel, et n’est conçue que comme l’objet du désir de Ross.
  • l’aspect économique ne doit pas être ignoré: si Friends n’évoque que très peu le sujet de l’argent, il est à noter que Rachel se trouve dans une situation beaucoup plus précaire que celle de Ross au début de leur relation (elle est serveuse, il est paléontologue) mais que leur relation se détériore à partir du moment où elle obtient un nouveau travail.

La liste des éléments abusifs de leur relation n’est pas exhaustive: même après leur rupture, Ross maintient une surveillance étroite sur la vie de Rachel (en restant « ami » avec elle, en la surveillant lors de ses rendez-vous, en contrôlant certains aspects de sa vie amoureuse voire en contrôlant à nouveau ses opportunités de carrière).

Analyser la relation amoureuse Ross/Rachel permet d’apercevoir l’étendue des aspects malsains d’un couple iconique et de prendre un certain recul par rapport aux mythes sur l’amour dans la pop-culture. Les relations abusives ne sont pas si rares que cela dans la pop-culture, et peuvent affecter notre compréhension de ce qui est « permis » et « sain ».

Et vous, que pensez-vous de la relation Ross/Rachel ? N’hésitez pas à commenter en respectant la charte.

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8 réflexions sur “Relations abusives invisibles: le cas Ross/Rachel

  1. En effet, moi qui apprécie le couple Ross-Rachel, après avoir lu cet article, je constate en effet des tendances abusives dans cette relation mais ne trouve pas cette relation abusive pour autant. Et justement, la série montre que l’attitude de Ross n’est pas un exemple à suivre, on voit bien que le personnage est puni pour s’être montré trop jaloux puisque ces tendances l’ont amené à rompre avec Rachel. On pourra toujours me citer que c’est la coucherie de Ross avec Chloé qui a été la raison de la rupture mais justement cette coucherie a eu lieu parce que Ross n’avait pas eu assez confiance en Rachel lorsqu’il a entendu Mark au téléphone. Il fallait bien une raison valable pour faire rompre ces 2 personnages. Rares sont les couples qui se séparent alors que les 2 membres se sont montrés irréprochables.

    Il est vrai que même après leur rupture, il a essayé de traquer Rachel mais c’est là que les amis entrent en jeu : Chandler qui empêche Ross de se précipiter chez Rachel lors de son rendez-vous avec Mark et qui le raisonne sur le fait que Rachel a le droit de refaire sa vie et si ce n’est pas avec Mark ce sera forcément avec quelqu’un d’autre. Ou encore Ross qui finit par se raisonner lui-même et cesse les manipulations sur sa vie professionnelle quand Rachel doit faire le choix entre rester chez Ralph Lauren ou partir chez Vuitton à Paris. Donc je ne trouve pas que c’est banaliser ce genre de comportement que de le montrer à la télévision surtout si le personnage se fait punir ou prend conscience que ce genre de comportement n’est pas correct par la suite.

    • Bonjour et merci pour votre commentaire 🙂
      Comme je le disais à la fin de l’article, il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que la relation Ross/Rachel est abusive. Il est cependant possible de détecter des tendances abusives dans le comportement de Ross avec Rachel.
      Quant au regard de la série sur Ross, bien qu’il soit de temps en temps critique envers son comportement, celui-ci reste globalement très bienveillant envers les agissements de Ross, tout simplement parce que c’est le point de vue de Ross qui est montré à chaque fois. Dans l’exemple que vous citez, avec le dilemme de Rachel entre Vuitton et Ralph Lauren, l’épisode entier se centre sur les intrigues de Ross, et ne laisse presque pas percevoir ce que ressent Rachel vis-à-vis de cette opportunité. Lors du finale encore, toute l’intrigue est vue depuis la perspective de Ross, mais jamais Rachel n’a l’occasion de s’exprimer sur ce qu’elle veut.
      Enfin, il n’y a jamais véritablement de punition pour Ross (il continue pendant 7 saisons, soit 7 ans, à affirmer « we were on a break ! », preuve qu’il ne prend pas une seule fois de recul sur son propre comportement).

  2. Merci pour ce site que je viens de découvrir grâce à un branquignolE. J’ai beaucoup d’articles très intéressant à lire mais comme j’ai eu ma période Friends à une époque, je ne résiste pas à commenter.

    J’ai pris Friends en retard et j’ai découvert la saison 3 en ayant simplement absorbé la saison 2 lors du marathon de Canal Jimmy (sans avoir assez de VHS pour tout enregistrer, la misère). La saison 1 m’était inconnue. Mais, dès cette époque (et d’avantage par la suite lors des multiples visionnages), j’ai ressenti un profond malaise dans l’attitude de Ross. Je pense qu’il s’agit d’un arc extrêmement bien écrit. Centré sur l’agresseur, certes, mais ça n’est pas sans intérêt. Car en suivant la perspective de Ross, je le voyais détruire sa relation par son immaturité émotionnelle, qui est la définition même du personnage. Une torture à suivre pour le jeune mec que j’étais. Je n’ai donc pas l’impression que le coté abusif de leur relation est « invisible » sauf peut être pour ceux qui ont connu Friends en VF en mode télévision en bruit de fond. Le personnage de Ross a des problèmes affectifs très bien décrit et va aller de relation foireuse en relation foireuse, et tout ça en se comportement misérablement avec les femmes (stalking à haut niveau, foutage de gueule diverses, mensonges, violation de la vie privée, de logement, la liste serait trop longue). Il va être au bord de la dépression, perd son travail par ses accès de rage. Il en paie le prix, jusqu’à la saison 10 et son enfant avec Rachel (avoir son enfant qui part vivre sur un autre continent c’est assez punitif surtout pour quelqu’un qui a connu déjà un divorce). On ne peut pas donc dire que son comportement abusif est récompensé comme dans beaucoup d’œuvre de la culture populaire. Et, même si le final du renoncement de Rachel à faire carrière à Paris est peut être un habile compromis avec les attentes du public; RIEN n’est quasiment résolu entre eux. On peut donc croire qu’ils sont très loin d’être au bout de leur galère.
    Ross est un homme qui a été surprotégé par une mère qui l’a survalorisé et qui a rejeté sa fille. Ainsi il est le seul personnage qui croit à bloc dans le système monogame façon Disney, UN amour pour la vie. La série débute par Rachel qui refuse au dernier moment ce système, avec les autres qui vivent déjà en mode colloc, alors que Ross arrive dans ce système contraint par son divorce. Dès la saison 1, qui est très savoureuse lorsqu’il se fait remettre systématiquement remettre en place par sa femme homo et sa copine, il est là pour en chier et c’est logique. C’est un très bon archétype de l’homme éduqué comme un prince qui doit vivre en conflit avec la réalité. Ironie de la vie, j’ai un ami qui comme Ross a grandi avec une sœur qui s’est tout pris dans la gueule car non désirée et cela dans une famille très patriarcale où seul l’héritier mâle comptait. Il a bien-sur pris conscience de l’horreur de ce système et il en a fait la critique mais il a le plus grand mal à faire évoluer son comportement avec les femmes car il reste « vieux jeu ». C’est l’hétéro que je connais qui fait à la fois le plus d’efforts pour « bien » (selon lui) se comporter avec les femmes mais qui a le plus grand mal à les supporter. Et j’ai remarqué que sa souffrance est attirante pour les femmes, comme Rachel est attirée par celle de Ross (ça n’est que lorsqu’elle réalise qu’il est torturé par des sentiments pour elle qu’il n’arrive pas à exprimer, qu’elle s’intéresse à lui dans la saison 2, sinon elle ne le calcule pas et il ne l’intéresse pas).
    Alors abusive ou pas cette relation ? c’est un qualificatif très connoté. Mais je dirais qu’on peut affirmer que c’est une relation bien bancale et c’est ça qui la rend intéressante ! Rachel étant l’opposée de Ross. Avec de son coté, une histoire familiale là aussi très commune : une mère ayant eu énormément de mal à se libérer d’un père très tyrannique avec tous les conflits que cela a créé. Les motivations de Rachel, si elle ne sont peut-être pas clairement exposées dans les épisodes que tu as cité, le sont dans la continuité des saisons et de la série, surtout lorsqu’on découvre sa famille. Elle a été élevé comme une princesse dans un contexte difficile de parents très malheureux ensemble, prisonnier des conventions. Alors elle cherche un prince charmant tout en sachant qu’elle ne devrait pas le faire. J’aurai également, par mon expérience de la vie, bien du mal à la juger négativement. Et c’est un peu l’héroïne « féminine » de la série qui va faire des erreurs. On a besoin d’elle d’un point de vue dramatique, même si je comprends aussi que Rachel énerve. Car si Ross est l’archétype de l’hétéro-lourd, elle est l’archétype de l’hétéro-gourde. (Évidemment, tout le principe de Friends est la bienveillance et l’humour par la prise de distance. Ça n’est pas parce que la série a été crée par un gay et une femme qu’il faut la voir comme hétéro-phobe. Mais c’est une satire de notre société donc oui, ça fait rire là où ça fait mal).

    Pour en revenir à Ross, il agit mal, certes, mais je crois que les auteurs avaient espoir que le public s’en rende compte. Il suit le chemin inverse du « héros » masculin de la série : Chandler (dans une morale centrée sur le couple avec enfant certes, mais on est quand même à la télévision dans les années 90). C’est le personnage masculin qui va le plus évoluer et il le fera en écoutant la femme qu’il aime. Ensemble, ils mettent fin à la série, car plus de drame. Ils ont trouvé leur équilibre et partent s’acheter une maison pour élever des enfants. Il n’y a plus 6 Friends mais 4 (encore qu’il faudrait discuter du cas Phoebe).

    • Bonsoir, et merci pour ton commentaire 🙂
      En effet, Ross est souvent critiqué par les autres personnages, et son attitude n’est pas systématiquement considérée comme « acceptable ». Je trouve intéressante l’idée que Ross soit, d’une certaine manière, « puni » par ses actes précédents, comme tu le suggères:

      Il va être au bord de la dépression, perd son travail par ses accès de rage. Il en paie le prix, jusqu’à la saison 10 et son enfant avec Rachel

      Mais, est-ce qu’on peut vraiment considérer que ses malheurs sont la conséquence directe de son comportement malsain et abusif avec les femmes? J’en doute. Il est probablement « puni » pour son infidélité (symbolique et littérale, à la fois avec Rachel et Emily), mais ses autres actions ne semblent pas si intolérables: si Ross perd son appartement, puis son travail, après avoir dit « Rachel » à son mariage, il ne perd rien lorsqu’il harcèle Rachel avec sa jalousie maladive (et ce, à plusieurs reprises dans la série).

      Et, même si le final du renoncement de Rachel à faire carrière à Paris est peut être un habile compromis avec les attentes du public; RIEN n’est quasiment résolu entre eux.

      La série se termine pourtant sur 2 mariages, des couples ayant des enfants, ou sur le point d’en avoir (Phoebe et Mike le suggèrent dans le finale), et tout laisse à penser que les retrouvailles de Ross & Rachel vont conduire à un mariage.

      Ainsi il est le seul personnage qui croit à bloc dans le système monogame façon Disney, UN amour pour la vie

      Ross adhère surtout à un modèle ultra patriarcal (et donc monogame), qui va être partiellement remis en question, par exemple grâce à la parentalité « alternative » (les deux mères de Ben, ou Emma, l’enfant naturelle de Ross et Rachel). Mais, à mes yeux, il s’agit surtout de la remise en question des modèles érigés par la société, qui est en jeu, et non des instincts masculinistes de Ross.

      Et j’ai remarqué que sa souffrance est attirante pour les femmes, comme Rachel est attirée par celle de Ross (ça n’est que lorsqu’elle réalise qu’il est torturé par des sentiments pour elle qu’il n’arrive pas à exprimer, qu’elle s’intéresse à lui dans la saison 2,

      Car les femmes sont conditionnées par le réflexe du « care » (le soin), c’est à dire le désir de protéger et sauver l’autre, en particulier les hommes.

      Il suit le chemin inverse du « héros » masculin de la série

      Le héros, au cinéma, est caractérisé par les actions: le héros, c’est celui qui fait « bouger » les choses, qui déclenche les événements. Dans Friends, il y a 6 protagonistes qui se partagent l’écran, et se partagent l’action. Ross se définit comme le « héros » de Friends dans l’épisode final, en allant récupérer Rachel à l’aéroport, et en la convainquant de rester à New York. C’est aussi son point de vue qui est adopté par défaut dans sa relation avec Rachel, tandis que Rachel est systématiquement reléguée à l’objet de désir (très présent dans la saison 1, mais même au fil de la série, Rachel est régulièrement réifiée pour développer l’arc de Ross).

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