Ces moments de sexisme ordinaire dans Friends

A-t-on encore besoin de présenter LA sitcom au succès planétaire des années 1990?

Etant née au début des années 1990, Friends reste une référence primordiale à mes yeux dans ma découverte des séries. Je connais encore la plupart des répliques par cœur (ce qui fait que l’écriture de cette critique a été incroyablement rapide), j’ai une liste d’épisodes préférés, je me souviens de chaque intrigue, chaque blague, et je fais partie de ces gens énervants qui peuvent citer une scène de Friends en plein milieu d’une conversation.

Bref, c’est une série que je respecte pour sa qualité d’écriture, pour son humour calibré et pour sa capacité à me faire passer des pleurs aux rires (oui, la scène de dispute entre Ross et Rachel me fait encore pleurer aujourd’hui). Malgré tout l’amour que je lui porte, Friends reste une des séries à succès les plus incroyablement conservatrices, dépolitisantes, sexistes et racistes des années 1990-2000. Et oui, je peux aimer une série tout en la critiquant pour ses aspects politiques nauséabonds.

En y repensant, certaines scènes ne m’ont jamais fait rire parce que je sentais que quelque chose n’allait pas dans les propos des personnages. Parlons-donc un peu de ces moments désagréables et sexistes dans Friends.

Contre-arguments : « rooh la la t’as aucun humour hein. On peut plus rire de rien maintenant? Bin c’est Desprogres qui avait raison hein… « .

Oui je vous entends d’ici, alors chut.

[TRIGGER WARNING]: évocation de violences à caractère sexuel, notamment le viol et les agressions sexuelles.

Saison 1, épisode 7: « Celui qui a du jus » (« The One With The Blackout« )

The One with the blackout

Résumé:

Ross est de plus en plus intéressé par Rachel, et ça tombe bien puisque tout New York est en plein blackout (« coupure de courant ») ce qui lui permet d’avoir une discussion avec Rachel, après laquelle il semble persuadé que Rachel et lui se mettront bientôt en couple. Joey l’avertit alors que Ross ne devrait pas trop tarder avant de se déclarer, car il risque de tomber dans la FRIENDZONE.

Citations:

Joey: It’s never gonna happen.
Ross: (innocently) What?
Joey: You and Rachel.
Ross: (acts surprised) What? (pause) Why not?
Joey: Because you waited too long to make your move, and now you’re in the friend zone.
Ross: No, no, no. I’m not in the zone.
Joey: Ross, you’re mayor of the zone.
Ross: I’m taking my time, alright? I’m laying the groundwork. Yeah. I mean, every day I get just a little bit closer to…
Joey: Priesthood! Look Ross, I’m telling you, she has no idea what you’re thinking. If you don’t ask her out soon you’re going to end up stuck in the zone forever.
Ross: I will, I will. See, I’m waiting for the right moment. (Joey looks at him) What? What, now?
Joey: Yeeeeaaaahhh! What’s messing you up? The wine? The candles? The moonlight? You’ve just got to go up to her and say, ‘Rachel, I think that…’ (Rachel comes into the room behind them)

Le problème: pour faire court, le concept même de « friendzone » est extrêmement sexiste (voir ce lien par exemple). Il s’agit de l’idée selon laquelle une relation amicale entre un homme et une femme est la pire des choses pour l’homme puisque celui-ci est attiré par la femme, et ne saurait se « contenter » d’une simple amitié. Dans ce concept de « friendzone », l’amitié n’est pas valorisée, mais rejetée. L’idée sous-jacente de la « friendzone » est qu’un homme ne devient ami avec une femme que pour pouvoir se la farcir. Que toute interaction amicale de la part de l’homme n’est qu’une tentative d’arriver au Graal: le sexe (jetez un coup d’oeil à ce billet aussi à ce sujet). Vous l’avez compris, la « friendzone » est le truc à éviter, si l’homme veut tirer son coup/se trouver une copine, il lui faut donc maintenir une agressivité sexuelle constante pour ne pas glisser vers la « friendzone ».

En soi, l’idée que la séduction demande le maintien d’une certaine ambiguïté, n’est pas forcément sexiste. Ce qui est sexiste en revanche, c’est de considérer comme répugnant toute possibilité d’amitié homme-femme, et de ne voir les femmes que comme de possibles partenaires sexuels. Avant de vous écrier « oui mais là c’est dans le contexte précis de la relation Ross-Rachel, et pas avec TOUTES les femmes de la série », puis-je vous rappeler qu’il s’agit bien de Joey qui introduit ce concept, un personnage reconnu comme étant un séducteur et qui de surcroît ne cessera jamais de faire des avances sexuelles à ses amies?

Saison 1, épisode 12: « Celui qui aimait les lasagnes » (« The One With The Dozen Lasagnas« )

The One with the Dozen Lasagnas

 Résumé:

Ross hésite à connaître le sexe de son futur enfant, et discute avec Carol. Ce faisant, il en profite pour regarder une photo de Carol, Susan et leur amie Tanya, et lui demande quand Susan et Carol ont rencontré Huey Lewis (Arnold Schwarzenegger en français).

Citation:

Ross: (making flinging gestures with hands) Oh, tell me, tell me, is everything, uhh….?
Carol: Totally and completely healthy!
Ross: Oh, that’s great, that is great! (Hugs and kisses Carol. Then picks up a picture frame)
Ross: Hey, when did you and Susan meet Huey Lewis?
Carol: Uh, that’s our friend Tanya.
Ross: (surprised, chuckling nervously) Of course it’s your friend Tanya. (looks up frightenedly)
Carol: Don’t you want to know about the sex?
Ross: (chuckles nervously) The sex? (chuckles) Um, I’m having enough trouble with the image of you and Susan together, when you throw in Tanya, yaw…
Carol: The sex of the baby, Ross.

Le problème:

La lesbophobie de Ross apparaît régulièrement dans la série, ainsi que l’homophobie générale produite par les très nombreuses allusions homosexuelles (voir l’épisode « Celui qui retrouvait son rôle » dans lequel Chandler est raillé parce qu’il aurait embrassé un homme). Ici, on obtient un exemple frappant de la lesbophobie de Ross, qui renforce le discours dominant sur les clichés à propos des femmes homosexuelles. Le rire est provoqué par la masculinité de Tanya, qui est implicitement décrite comme une lesbienne (après tout, elle est amie avec Carol et Susan et est masculine, que voulez-vous de plus?). Les femmes masculines font rire parce qu’elles ne correspondent pas à l’idéal forgé par le patriarcat. Elles font rire parce qu’elles sont considérées comme masculines, et donc comme défaillantes dans leur rôle le plus élémentaire: être attirantes selon le regard masculin.

Cet épisode reste anecdotique, mais je souhaitais le citer pour montrer que même parmi les blagues les plus innocentes se cachent souvent un concentré de misogynie et de lesbophobie. Je pourrais citer beaucoup d’autres épisodes de Friends qui comportent ce type d’humour.

Saison 2, épisode 19 : « Celui qui ne voulait pas partir » (« The One where Eddie won’t go ») 

The one where Eddie won't go

Résumé :

Phoebe et Monica discutent d’un livre qui incite les femmes à s’émanciper de la coupe des hommes. Le livre (« Devenez la gardienne de votre vent ») développe des métaphores clairement absurdes à propos de l’émancipation des femmes : les hommes, appelés « porteurs de foudre », volent les « vents » des femmes qui ne peuvent devenir des « déesses » car ceux-ci « boivent dans la fontaine de leur puissance intérieure ». Rachel finit par lire le livre et refuse d’aller au cinéma avec Ross en affirmant qu’elle n’a pas à toujours suivre son emploi du temps, tandis que celui-ci, étonné, répond qu’il ne s’agit pas de son emploi du temps mais de celui du cinéma. Plus tard, les trois femmes répondent à un test et finissent par se disputer à propos des relations (sexuelles et amoureuses) qu’elles ont eues auparavant et qui auraient entravé leur capacité à devenir des « déesses ». Elles se retrouvent plus tard, se réconcilient en affirmant qu’elles ont intérêt à se serrer les coudes puisqu’elles doivent déjà gérer les « mecs qui leur piquent leurs vents ».

Citations :

MONICA: Rachel you have to read this book. It’s called Be Your Own Windkeeper. It’s about how women need to become more empowered.
PHOEBE: Yeah and oh, and but there’s, there’s wind and the wind can make us Goddesses. But you know who takes out wind? Men, they just take it.
RACHEL: Men just take out wind?
PHOEBE: Ya-huh, all the time, cause they are the lightning bearers.
RACHEL: Wow.
PHOEBE: Yeah.
RACHEL: Well that sounds kinda cool, kinda like The Hobbit.
MONICA: It is nothing like the Hobbit. It’s like reading about every relationship I’ve ever had, except for Richard.
PHOEBE: Oh yes, no, Richard would never steal your wind.
MONICA: No.
PHOEBE: No, ’cause he’s yummy.
MONICA: Yes. But all the other ones.
PHOEBE: Oh yes. Oh and, the part about how they’re always like drinking from out pool of inner power, but God forbid we should take a sip.
JOEY: Anybody want a croan.
PHOEBE: Ok, this is a typical lightning-bearer thing. Right there, it’s like, um, ‘Hello, who wants one of my fallic shaped man cakes?’

 

Ross: Uh, sweetie we’ve gotta go.
Rachel: NO!
Ross: No?
Rachel: No, why do we always have to do everything according to your timetable?
Ross: Actually it’s the movie theatre that has the timetable. So you don’t miss the beginning.
Rachel: No, see this isn’t about the movie theatre, this is about you stealing my wind.
Monica: You go girl. I can’t pull that off can I?
Ross: Excuse me, your, your, your wind?
Rachel: Yes, my wind. How do you expect me to grow if you won’t let me blow?
Ross: You, you know I, I don’t, have a- have a problem with that.
Rachel: Ok, I just, I just really need to be with myself right now. I’m sorry.
Phoebe: Um-um, um-um.
Rachel: You’re right, I don’t have to apologize. Sorry. Damnit!

Le problème:

Bien que se terminant sur  une note relativement positive (la solidarité féminine), l’humour de ces scènes repose sur le trope de la « Straw Feminist » (vidéo en anglais sous-titré français). Il s’agit surtout de se moquer des thèmes d’empowerment (« émancipation ») propres au féminisme, en les réduisant à des concepts absurdes et en décrivant toute lutte féministe comme une lutte individuelle et non collective, et donc dépolitisée. Bien entendu, l’épisode est parsemé de concepts pseudo-féministes qui achèvent de caricaturer toute tentative d’émancipation. L’incompréhension de Rachel renforce ce sentiment d’absurde vis à vis du livre dont parlent les trois personnages: elle-même se demande si ce livre n’est pas un peu « comme Le Hobbit » (livre de fantasy écrit par JRR Tolkien) et semble perplexe devant l’utilisation du vocabulaire ridicule du livre (« le vent » « la piscine sacrée »).

Si vous n’étiez pas sûr-e-s que cet épisode s’appuie sur le trope de la « féministe épouvantail », la scène entre Ross et Rachel montre encore une fois le regard méprisant que porte l’épisode envers le féminisme. Rachel décide de refuser d’aller au cinéma avec Ross car elle ne veut pas toujours agir en fonction de lui et de ses propres horaires, ce à quoi Ross répond, surpris, qu’il ne s’agit pas de ses horaires mais de ceux du cinéma, et qu’il faut les suivre afin de ne pas arriver en retard. La rhétorique de cette scène met Ross en position du personnage modéré et rationnel, presque victime du comportement de sa petite-amie, tandis que Rachel est le personnage pseudo-féministe énervant qui choisit de dire non parce qu’elle a envie de dire non, par caprice. Cette rhétorique se montre très violente envers le féminisme, considéré comme un mouvement qui conteste pour le plaisir de contester les hommes (les hommes et non le patriarcat, différence notable) et de leur rendre la vie dure.

Saison 3, épisode 4 : « Celui qui ne supportait pas les poupées » (« The One with the metaphorical tunnel »)

The one with the metaphorical tunnel

Résumé :

Ross ne souhaite pas que Ben (son fils) joue avec une poupée Barbie et veut remplacer la poupée par une poupée GI Joe. Susan et Carol (son ex-femme, en couple avec une autre femme) sous-entendent qu’il agit de façon homophobe. Monica fait remarquer que Ross s’habillait « comme une femme » lorsqu’il était petit. Ross, gêné qu’on se moque de lui, quitte la pièce.

Citations :

Ross: There’s my boy! Here’s my boy! And here’s his Barbi (Ben is holding a Barbi doll) What’s ah, what’s my boy doing with a Barbi?Carol: He picked it out of the toy store himself, he loves it.
Susan: He carries it everywhere, it’s like a security blanket, but with ski boots and a kicky beret.
Ross: Yeah, it’s, it’s, it’s cute. Why, why, why does he have it, again?
Susan: So he’s got a doll? So what? Unless you’re afraid he’s gonna grow up and be in show business.
Carol: This doesn’t have anything to do with the fact that he is being raised by two women, does it?

 

Monica: What are you being such a weenie for? So he has a Barbi, big deal. You used to dress up like a woman.
Ross: What?
Monica: Well, you used to dress up in Mom’s clothes all the time.
Ross: What are you talking about?
Monica: The big hat, the pearls, the little pick handbag.
Ross: Okay, you are totally making this up.
Monica: How can you not remember? You made us call you…Bea.
Ross: (remembering) Oh God.
Susan: I’ve literally never been this happy.
Monica: Wasn’t there a little song?
Carol: Oh please God, let there be a song.
Ross: There was no song. (to Monica) There was no song!
Monica: (singing) ‘I am Bea.
Ross: Okay.
Monica: ‘I drink tea.
Ross: Okay, that’s, that’s enough. (retreats to the bathroom)
Monica: ‘….Won’t you, won’t you, won’t you…. ‘
Ross: (coming out of the bathroom) Won’t you dance around with me.
Monica: A-ha!!! (they all start laughing, as Ross hides in the bathroom)

Le problème:

Ce n’est pas tant la réaction de Ross face à la Barbie avec laquelle joue son fils, puisque l’épisode traite avec intelligence cette partie là en montrant à quel point il se montre sexiste et homophobe. C’est surtout l’argumentation utilisée par Monica (soutenue par Carol et Susan) pour le décrédibiliser, qui repose sur un schéma homophobe écœurant : ridiculiser un comportement trop féminin pour un homme (et donc supposé homosexuel) afin de le faire taire.

Le message sous-jacent est finalement que l’homophobie doit être punie par l’homosexualité (voir cet article en anglais à ce sujet). Rien de plus drôle que de tourner en ridicule un homophobe pour un comportement supposé homosexuel, pas vrai ? Faux : l’homosexualité n’est pas une punition. L’hilarité autour de la « féminisation » du personnage de Ross dans cet épisode renforce l’homophobie dénoncée auparavant par Monica, Carol et Susan.

Saison 3, épisode 21: « Celui qui avait un poussin » (« The One with the Chick and the Duck »)

Sans titre

Résumé:

Pete, le milliardaire amoureux de Monica, revient du Japon et déclare ne plus avoir de sentiments pour cette dernière. Il lui assure avoir rencontré une femme dans l’avion et être désormais en couple. Il lui propose une position de Chef dans le restaurant qu’il vient d’acheter, et Monica décide alors de démissionner pour avoir enfin le boulot dont elle rêve. Précisons que Monica décide de démissionner et de prendre la place de Chef uniquement parce qu’elle est sûre que Pete n’a plus aucun sentiment pour elle. Finalement, elle s’aperçoit que Pete l’aime toujours et elle lui annonce qu’elle ne pourra pas travailler pour lui. En dernier recours, celui-ci l’embrasse par surprise, et Monica s’aperçoit soudainement qu’elle a aussi des sentiments pour lui.

Citation:

Monica: You still have feelings for me don’t you?
Pete: Now, nooo! I’m just excited about the restaurant, that’s all.
Monica: Pete.
Pete: Okay, I love you. Is that so bad?
Monica: No, it’s not bad. It’s not bad at all. It’s-it’s really nice.
Pete: Look, the only who stands to get hurt is me. And I’m okay with that.
Monica: You may be okay about getting hurt, but I am not okay with being the one who hurts you. That’s why I can’t take this job.
Pete: What?
Monica: And well, we probably shouldn’t see each other anymore. I’m sorry.
Pete: Okay, yeah. I mean… If that’s, if that’s really what you want, okay.
Monica: Okay, bye.
(She kisses him on the cheek, and he kisses her back on the mouth.)
Pete: I’m sorry things didn’t work out…
Monica: All right shut up for a second and let me just see something. (She kisses him back on the lips) Oh, wow! (They then hug and kiss, very passionately.)

Le problème:

Pete Becker est un personnage qui apparaît régulièrement dans la saison 3, tout d’abord comme le client du dinner où travaille Monica, à qui il laisse un pourboire de 20, 000$ pour attirer son attention. Ses avances répétées envers Monica n’aboutissent à rien, bien qu’il dépense énormément d’argent pour « obtenir » Monica. Pete se décrit à plusieurs reprises comme une personne ambitieuse qui obtient toujours ce qu’il veut (voir l’épisode « Celui qui voulait devenir l’ultime champion« ). Malgré les refus répétés de Monica, Pete continue de lui faire des avances, jusqu’à cet épisode, lors duquel son ultime tentative fonctionne. Cet épisode est extrêmement problématique parce qu’il propage beaucoup d’idées reçues concernant la séduction, et le consentement: d’une part, le fait que Pete utilise constamment son argent pour « obtenir » Monica envoie un message particulièrement nocif à l’audience quant au lien entre séduction et argent, d’autre part, le fait que malgré les refus qu’il essuie Pete finit par « obtenir » Monica envoie un message nauséabond quant à la notion de respect de l’autre et de consentement.

Qu’on se le dise:

« Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise » (voir sur le site de Légifrance)

Pete harcèle littéralement Monica pendant plusieurs épisodes, et finit par l’embrasser par surprise, c’est-à-dire: l’agresse sexuellement. Le plus grave reste la conclusion joyeuse de cette intrigue: Monica finit par « réaliser » qu’elle est en fait attirée par Pete, et lui rend son baiser. Qu’on se le dise: le consentement ne vient pas parce qu’on harcèle quelqu’un ou parce qu’on agresse sexuellement cette personne. Malheureusement, c’est un trope récurrent dans nos représentations que de voir un homme harceler une femme afin de transformer son « non » en un « oui ». Il ne s’agit PAS de consentement, et c’est aussi infuser des idées reçues et violentes dans l’esprit de son public que de lui affirmer qu’on peut outrepasser le consentement d’une personne pour la séduire (à ce sujet, cet article sur les mythes autour du viol peut vous éclairer).

 Saison 4, épisode 7: « Celui qui poussait le bouchon » (« The One where Chandler Crosses The Line »)

The One Where Chandler Crosses The Line

Résumé: Chandler est de plus en plus attiré par la petite amie de Joey, Kathy, et ne sait comment gérer ses propres sentiments. Un soir, alors que Joey est en retard pour voir Kathy, Chandler et Kathy discutent et finissent par s’embrasser. Le lendemain, Chandler s’en veut tellement qu’il finit par avouer à Joey que Kathy lui plaît et qu’il l’a embrassée le soir précédent. Joey ne semble pas énervé contre Chandler lorsque ce dernier lui avoue avoir des sentiments pour Kathy, mais devient fou de rage une fois qu’il apprend que Chandler l’a embrassé avant de venir lui en parler. Par la suite, Joey en voudra tellement à Chandler que celui-ci finira par s’enfermer dans une boîte pour se faire pardonner, et Joey ne pardonnera réellement Chandler que lorsque Kathy viendra rompre avec celui-ci.

Citation:

Chandler: I kissed Kathy.
Ross: What?
Monica: Are you serious?
Phoebe: Does Joey know?
Chandler: No. Is there anyway, anyway you think he’ll understand this?
Monica: You obviously haven’t screwed over a lot of your friends. (They all look at her) Which we all appreciate.
Ross: No the-the sad thing is, if you had told him how you felt before you kissed her, knowing Joey, he probably just would’ve just stepped aside.

Le problème:

Bien que l’épisode mène à un des moments les plus hilarants de la série (Chandler dans la boîte), la construction de l’intrigue est faite de telle manière que Kathy n’est plus d’un simple objet que se disputent Chandler et Joey, ce qui est d’autant plus dommage que les épisodes précédents la présentent comme un personnage attachant, intéressant et complexe.

Si l’on se penche sur les raisons de la rancune de Joey, on s’aperçoit aussi d’un problème récurrent au sein des représentations des relations amoureuses dans les médias: le fait qu’une femme puisse être considérée comme la propriété de son partenaire, impliquant une règle tacite de « chasse gardée » (déjà évoquée dans l’épisode « Celui qui a du jus » où Ross explique à Paolo qu’il ne devrait pas s’interposer entre lui et Rachel). Joey n’a visiblement aucun problème avec le fait de « laisser » Kathy à Chandler, mais est furieux parce que son ami n’a pas respecté cette règle tacite. En embrassant Kathy alors que celle-ci était encore en couple avec Joey, Chandler a violé la règle sacrée selon laquelle il devait respecter le droit de Joey sur le corps de Kathy. Kathy perd dès lors le statut d’être humain à part entière, et devient un objet qui n’a pas son mot à dire, qui n’a pas droit à disposer de son propre corps. Cette conception du corps de la femme revient régulièrement dans les cas de harcèlement de rue lors desquels les harceleurs s’excusent auprès du partenaire des femmes qu’ils harcèlent, parce qu’ils considèrent que les corps des femmes appartiennent à leurs partenaires.

De plus, l’arc Kathy-Chandler-Joey sous-tend une idée particulièrement dangereuse: l’idée que les femmes ont tendance à détruire des amitiés d’hommes (les bromances). Kathy a bien intégré ce discours, comme le montre son monologue dans l’épisode suivant (« Celui qui était dans la caisse« ):

Kathy: Oh. Well uh, (to Chandler) you not being able to talk may make this easier. Listen umm… (She looks at the gang who are watching, they take the hint and leave them alone.) Listen I don’t wanna be someone who comes between two best friends. I just, I can’t stand seeing what this is doing to you guys, and I don’t wanna be the cause of that. So, I don’t think we can see each other anymore. I’m gonna go to my mom’s in Chicago, I’m gonna stay there for awhile. (pause) I think this could’ve be something really amazing, but y’know this is probably for the best. Y’know? I’m gonna miss you. Good-bye, Chandler.

Kathy se sent responsable du fait que Joey et Chandler ne se parlent plus, et décide de quitter Chandler et de partir à Chicago, même si elle préférerait clairement rester avec Chandler à New York. Elle décide donc de se « sacrifier », tout comme Chandler choisit de s’enfermer dans la boîte, et ce au nom de la bromance sacrée entre Chandler et Joey, et du droit que s’est arrogé Joey de disposer du corps de Kathy.

 Saison 8, épisode 9: « Celui qui avait fait courir la rumeur » (« The One with the Rumor » )

The One With the Rumor

Résumé: Will, un ami d’enfance de Ross et Monica, est invité à Thanksgiving. Il révèle au cours du repas qu’il déteste Rachel, et qu’il avait créé un club avec Ross pour la détester ensemble. On apprend aussi que tous deux avaient lancé une rumeur selon laquelle Rachel était intersexuée à la naissance, tandis que Rachel avait révélé la relation de Ross avec la bibliothécaire quinquagénaire du lycée.

 Citation:

Ross: It was no big deal. We-we…said that the rumor was…that umm…you had both…male and female reproductive parts.
Rachel: What?!
Will: That’s right! We said your parents flipped a coin, decided to raise you as a girl, but you still had a hint of a penis.
Rachel: (shocked) Oh my God!
Monica: You started that?!
Rachel: What?! You heard that?! (Goes and stands behind Joey.)
Monica: Everyone at our school heard it!
Chandler: Everybody at my school heard it! You were the hermaphrodite cheerleader from Long Island?!

 

Monica: Well you-you did start that rumor about Ross making out with Mrs. Altman, our 50-year-old librarian.
Ross: (shocked) (To Rachel) How did you know that?!!!!
Monica: It’s true?!!
Ross: No.
Rachel: Yes it is! I saw you guys going at it behind the card catalog!
(Ross is at a loss for words.)
Will: Mrs. Altman? She also made out with Takaka Ci-Kek the night before he went back to Thailand.
Chandler: I’m sorry. When you were in high school you made out with a 50-year-old woman?
Ross: Hey! She didn’t look 50!
Chandler: Did she look 16?
Rachel: Ohh, there’s a picture of her in the yearbook actually.
Phoebe: Oh! (They all look.) Wow!
Ross: She didn’t photograph well!
Chandler: Well, she probably wasn’t familiar with the process having spent most of her life sitting for oil paintings!
Phoebe: So how did this happen? Did she, did she lure you to an early bird dinner?
Ross: I was working late in the library one afternoon. It was just the two of us. She needed some help with her word jumble. And one thing led to another. If you must know, Anita was very gentle and tender. May she rest in peace…
Monica: Didn’t she walk with a cane?

Le problème:

Le ressort comique des interactions entre Will, Rachel et Ross repose sur le cissexisme et la cisnormativité de la série: le fait de trouver anormal qu’une personne puisse être intersexuée est censée rendre la rumeur d’autant plus terrible pour Rachel, et d’autant plus drôle pour le-la spectateur-trice. Cet humour se révèle particulièrement violent parce qu’il renforce le discours dominant sur le rejet de l’intersexuation, considérée comme une aberration biologique.

Un autre ressort comique de cette intrigue est la révélation de la relation de Ross avec Ms Altman, la bibliothécaire quinquagénaire du lycée dans lequel il étudiait. Le rire est provoqué par le fait qu’il paraît aberrant – pour les personnages comme pour les spectateurs-trices – qu’un jeune homme puisse être attiré par une femme âgée. Cet humour repose sur l’âgisme et la misogynie de la série ainsi que sur la culture du viol. Âgisme et misogynie, parce qu’une femme de 50 ans est considérée comme laide et donc incapable d’être attirante, culture du viol parce qu’une relation entre une femme de 50 ans et un jeune garçon de 16 ans n’est pas vue comme un viol. Parmi les mythes autour du viol, l’un deux persiste encore: l’idée qu’une femme ne peut violer un homme, d’une part parce que la femme n’aurait pas la force physique de forcer l’homme, et d’autre part parce que l’homme ne pourrait pas ne pas avoir envie (pour en savoir plus, lisez cet article très complet). Pourtant, il existe un mot pour désigner la relation entre Ross et Ms. Altman: « statutory rape« . Aux Etats-Unis, toute relation d’ordre sexuelle entre un adulte et un mineur est considérée comme un viol.

Saison 9, épisode 5 : « Celui qui avait fumé » (« The One with Phoebe’s Birthday dinner »)

The One With Phoebe's Birthday Dinner

Résumé :

Chandler et Monica se disputent à propos du fait que Chandler s’est remis brièvement à fumer. Cependant, Monica est en pleine période d’ovulation et souhaite faire l’amour avec Chandler afin de concevoir un enfant. Ce dernier refuse de coucher avec elle car il ne se sent pas à l’aise avec le fait de coucher avec elle en étant fâché. Monica prétend ne plus être en colère contre lui, puis admet, une fois avoir fait l’amour avec lui, qu’elle n’a pas cessé de lui en vouloir. En arrivant au repas d’anniversaire de Phoebe, Chandler se plaint qu’elle lui ait menti, et ajoute qu’il se sent utilisé. C’est à ce moment-là que Joey lui affirme qu’il devrait être content d’avoir obtenu du sexe, ce à quoi Chandler répond qu’il ne comprend pas pourquoi il se comporte comme une fille.

Citations:

Monica: I was just saying that because I was ovulating and you said
you wouldn’t have sex with me while we’re fighting.
Chandler: You tricked me to get me into bed?
Monica: That’s right, I got mine.
Chandler: I feel so used.

 

Chandler: (to Joey) You not gonna believe this: She lied! She tricked me into having sex with her.
Joey: So? Did have sex, right?
Chandler: What’s the matter with me? Why I’m such a girl?

Le problème :

L’humour repose principalement sur l’inversion des rôles entre Chandler et Monica, puisque les stéréotypes sexistes consistent en l’idée que l’homme mente afin d’obtenir du sexe de la part de la femme.

Le ressort humoristique est donc la féminisation du personnage de Chandler qui – il le dit lui-même – « agit comme une fille », tandis que le personnage de Monica acquiert temporairement des caractéristiques masculines dans sa tentative de concevoir un enfant (masculine mais pas trop : bien que se comportant « comme un homme », Monica le fait par désir de devenir mère). Le spectateur est supposé rire à l’idée qu’une femme puisse souhaiter coucher avec un homme qui ne le souhaite pas, et que cet homme puisse se sentir mal à l’aise avec le fait que son consentement ne soit pas pris en compte.

Sous prétexte de rire à une supposée transgression de la norme (haha la femme devient l’homme et vice-versa), on arrive simplement à ce qu’on appelle la culture du viol :

  • Croire que le désir sexuel féminin n’existe pas (ou ne serait animé que par le désir de concevoir)
  • l’idée selon laquelle il serait absurde que l’homme puisse NE PAS VOULOIR de sexe
  • l’idée selon laquelle le viol de type « femme sur homme » n’existe pas car l’homme est toujours consentant
Publicités

15 réflexions sur “Ces moments de sexisme ordinaire dans Friends

  1. C’est un petit détail, mais en France, la limite d’âge avant laquelle toute relation sexuelle est considérée comme non consentie est 15 ans (ce qu’on appelle parfois abusivement la « majorité sexuelle »). Autrement dit, en France, des relations sexuelles entre un jeune homme de 16 ans et une femme de 50 ans ne sont pas pénalement répréhensibles (sauf lorsque l’adulte est en position d’autorité).

  2. L’épisode qui m’a le plus dérangé est celui de la saison 9 où Ross et Rachel cherchent une nounou pour Emma et tombent sur Sally, qui s’avère être un homme compétent et sympathique, et apprécié de Rachel… 22 mn de sous-entendus plus sexistes et homophobes les uns que les autres, pour qu’au final Ross avoue 2mn à la fin que son père lui mettait beaucoup de pression pour qu’il soit « comme un vrai garçon »… Oui, m’enfin, à 2mn de la fin de l’épisode, ça ne fait justice à personne…

    Point hilarant de l’épisode : Joey qui est ébahi devant les leçons de vie que donne Sandy grâce à ses marionnettes-chaussettes…
    Sandy : And what’s the one kind of boat that can never ever sink?
    Joey : What kind?
    Sandy : A frieeendship!
    Joey : Wow… You blow my mind…

    • Bonjour et merci pour votre commentaire.
      En effet, cet épisode m’a énormément dérangée pour les mêmes raisons que vous. La virilité est un ressort comique récurrent dans Friends, ainsi que les sous-entendus sur l’orientation sexuelle des personnages (Chandler en particulier).
      Aparté sur la blague de Sandy: je la trouve hilarante moi aussi. Dommage que la première fois que je l’ai entendue, c’était en français (« quel est le bateau le plus drôle? c’est le catamaaaran »)

      Bonne continuation sur le site 🙂

  3. Très intéressant. Continuant de rire devant les rediff de la série, ça ne m’a pas empêchée d’être dérangée par certaines choses du même ordre (c’est drôlement complexe, l’humour, pour réussir à être vraiment safe, en fait). Personnellement, j’avais vraiment été agacée par la fin de la série, où Rachel décide d’abandonner le boulot de ses rêves à Paris pour rester avec Ross, qui jamais n’imagine faire le moindre effort de son côté. La carrière d’un homme est donc forcément plus importante que celle d’une femme ? C’est toujours à elle de se sacrifier, alors que Rachel est quand même l’exemple de la femme qui gravit les échelons et est partie de tout en bas, là où Ross reste d’un bout à l’autre le paléontologue chiant qui n’intéresse personne…

    • Bonsoir, merci pour ton commentaire. En effet, la fin de Friends m’a toujours perturbée car on ne sait pas quel boulot Rachel va faire malgré tout. On peut trouver des similarités avec la relation Marshall/Lily dans How I Met Your Mother, relation dans laquelle les choix de carrière que fait Lily sont toujours influencés par ceux de Marshall.

      • Bonjour,

        Je souhaiterais juste préciser une chose : si Ross n’était pas en mesure de suivre Rachel, ce n’était pas uniquement à cause de sa carrière mais également à cause de son fils Ben qu’il ne pouvait pas laisser à New York même s’il y a Carol et Susan pour s’occuper de lui. S’il avait suivi Rachel à Paris, je l’aurai vu comme un père indigne délaissant son premier enfant au profit du second alors que tout parent se doit d’aimer ses enfants de façon égale. Le « sacrifice » de Rachel aura au moins permis à Ross de ne pas avoir à « choisir » entre ses 2 enfants même si c’était avant tout parce que Rachel aimait Ross. Je pense que dans ce contexte, la comparaison avec Marshall/Lily n’est pas très pertinent.

        D’ailleurs ce qui m’a agacé depuis la naissance d’Emma, c’est qu’on n’ait plus vu la moindre apparition de Ben à croire que les scénaristes n’y accordent plus aucune importance du seul fait qu’il n’a pas pour mère un personnage principal ou pire qu’ils n’avaient pas envie de se prendre la tête avec le thème de la famille recomposée. Ils ont d’ailleurs été bien hypocrites en montrant la conversation entre Janice et Rachel sur le fait que l’ex-mari de Janice ne s’occupait que rarement de leur fille qu’ils ont eu ensemble depuis qu’il a eu ses jumeaux avec « Miss Gros Lolos » ce qui faisait flipper Rachel sur l’idée de se retrouver à élever Emma toute seule. Mais au final, ils ont fait faire la même chose à Ross qui donne l’impression de ne plus se consacrer qu’à Emma (oui Carol a Susan pour l’aider à élever Ben mais ce n’est pas une excuse suffisante).

        • Bonjour et merci pour votre commentaire. En effet, vous avez raison de souligner que Ross a pu choisir de rester à New York pour Ben, et je vois en quoi la comparaison avec Marshall/Lily ne semble pas pertinente selon vous. Cela dit, même si cette explication est complètement acceptable, je ne suis pas sûre qu’elle soit forcément la raison principale de la dynamique Ross-Rachel, en particulier dans la mesure où les scénaristes ont oublié Ben durant la fin de la série. Ce que je trouve intéressant de souligner dans le parallèle Marshall/Lily – Ross/Rachel, c’est la volonté systématique de retenir les femmes lorsqu’elles ont des changements de carrière, de les empêcher d’évoluer. N’oublions pas que Ross passe tout un épisode (Saison 10, Episode 15) à tenter de retenir Rachel en soudoyant son ancien employeur: ce n’est donc pas la première fois qu’il essaie de contrôler et manipuler la femme qu’il aime.

          Pour l’éviction de Ben dans la dernière saison: je ne crois pas qu’il s’agisse d’une volonté de l’évincer de la part des scénaristes, mais plutôt d’un manque de cohérence générale dans l’écriture de la série, et dans sa continuité.

  4. Pingback: Info Août 2014 | EgaliGone

  5. Bonjour,

    Merci pour cette article hyper intéressant. Au-delà des personnages de la série, on appréciera le fait qu’au fil des saisons, les acteurs choisiront de ne continuer à tourner qu’à la seule condition d’être tous payer de la même façon…ce qui est plus chouette, non ? (je crois que ça a été jusqu’à 1 000 000 de dollars par personne et…par épisode !!)

  6. Bravo pour cet article.

    Il y a aussi un épisode qui m’a troublée, « Celui qui ne doit pas draguer la nounou » (The one with Phoebe’s rats). Peut-être que ma mémoire me trompe mais voici ce dont je me rappelle. Ross et Rachel ont engagé une nouvelle nounou, Molly. Joey, qui la trouve très sexy, a envie de la draguer. Ross proteste en disant qu’il va faire comme avec toutes les filles qu’il croise (coucher avec elle une fois, ne jamais la rappeler) et qu’il va perdre une nounou très compétente. Joey estime que Molly est peut-être l’amour de sa vie et ce « débat » dure pendant tout l’épisode, avec Ross qui empêche Joey d’approcher la nounou. Personne ne fait remarquer que Molly a son libre arbitre, qu’elle a le droit de sortir ou non avec Joey, qu’elle ne va pas forcément avoir envie d’une relation avec lui… Personne ne va lui demander son avis alors qu’il s’agit d’elle!

    A la fin de l’épisode, Ross et Joey voient Molly embrasser une femme et comprennent qu’elle a déjà une petite copine. Ross et Chandler sont catastrophés (parce qu’une jolie femme lesbienne, c’est du « gâchis ») et Joey, émerveillé (parce qu’il s’imagine visiblement qu’il va pouvoir se faire Molly et sa partenaire). Bonjour la lesbophobie…

    • Merci pour votre commentaire. En effet, l’intrigue avec Molly la baby-sitter est affreusement sexiste et lesbophobe.. je n’ai cité qu’une partie des intrigues de Friends pour montrer le sexisme de la série, tout simplement parce qu’il serait impossible de tout lister en un article 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s