How I Met Your Mother et le racisme

[Article initialement posté sur Tumblr en 2013]

Ayant récemment écrit un article sur le sexisme de HIMYM, je ressens aujourd’hui la nécessité de discuter des aspects racistes de la série. C’est un sujet que je n’aborde pas souvent, en partie parce que mes origines ne me placent pas directement dans le groupe social le plus discriminé (je suis eurasienne, et je suis assez peu racisée du fait de mes traits peu marqués), et que je ne me sens pas exactement en position de discuter de questions qui ne me concernent pas en priorité et que je ne vis pas au quotidien. Cependant, je ne souhaite pas non plus laisser de côté la problématique du racisme dans mes critiques de pop-culture, surtout dans le climat raciste actuel (et les réflexions navrantes de la part de féministes blanches). Parlons un peu de How I Met Your Mother et de son racisme latent *!

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  • Un casting entièrement blanc

C’est un peu l’alpha et l’oméga du racisme (ou du privilège blanc) dans les représentations culturelles: avant de pouvoir parler de racisme, encore faut-il avoir des personnages qui seront à même de l’évoquer. Pas de surprise ici, puisque HIMYM suit la lignée des sitcoms “Friends-like” (similaires à Friends) avec un casting entièrement blanc (et aisé par ailleurs).

Est-ce raciste de ne représenter que des blancs dans une série? On me répondra que non, qu’il s’agit d’un point de vue, mais non d’une prise de position raciste. L’idée étant toujours que ne pas explicitement être raciste revient à ne pas l’être du tout ou à ne pas propager des notions racistes. Malheureusement, le problème n’est pas aussi simple, même si on voudrait nous faire croire qu’il y a d’un côté des propos ouvertement racistes et critiquables, et de l’autre une ignorance innocente de la question (voir cet article de Ms DreydFul), en réalité le racisme s’étend et s’immisce dans nos représentations et interactions sous toutes les formes possibles.

Qu’implique cette non-mixité du casting principal?
– Tout d’abord, l’idée du “blanc par défaut”: cette notion est présente dans tous les produits culturels, et relaie l’idée insidieuse qu’un personnage est de facto blanc s’il est normal. La norme étant l’homme blanc hétéro, les “déviants” à cette norme se définissent alors par rapport à leur déviance. Exemple plus concret: on décrit rarement une personne comme étant blanche, on a tendance à s’attacher aux détails “non-conformes” pour peindre un portrait (gros, roux, noir, vieux, etc.). Chercher à dépolitiser la non-mixité du casting (“c’est pas parce qu’ils sont tous blancs que c’est raciste voyons”) c’est adhérer au “blanc par défaut” comme normalité.
– Il ne faut surtout jamais oublier qu’un produit culturel (littérature, cinéma, séries, jeux…) est un point de vue sur la réalité : en tant que spectateur, on tend à voir notre réalité reflétée par la culture (même lorsqu’il s’agit de fantasy ou de SF), on cherche à se sentir proche des produits culturels et de leurs personnages, à y retrouver une part de notre réalité. L’inverse se produit bien évidemment: tout en cherchant à se rapprocher de la culture, celle-ci influe sur notre vision de la réalité. La culture n’est jamais inerte ou neutre; elle est politique et politisante. Reléguer les personnages non-blancs aux personnages secondaires, c’est donc reléguer dans notre représentation collective les non-blancs à des statuts secondaires.
– Sans casting mixte, il n’y a pas de possibilité d’évoquer la question du racisme. Est-ce par lâcheté que les producteurs ont pris cette décision (éviter tout clivage politique)? Les intentions sont finalement très secondaires. Si les personnes racisées n’y sont pas représentées, on évite alors toute confrontation avec un problème qui risquerait les précieuses parts d’audience d’une série à succès. L’ignorance de la question raciste est-elle révélatrice d’un racisme latent? J’aurais tendance à dire oui.

  • James, le “Lafayette” de How I Met Your Mother

J’ai déjà évoqué le “problème Lafayette” dans un article précédent, et il va bien falloir y revenir puisqu’on a affaire à un personnage récurrent important dans l’intrigue de la série, puisqu’il est le frère noir et gay du personnage de Barney: James Stinson.

Apparu dans la deuxième saison de HIMYM (“Single Stamina”, 2×10), il prend une certaine importance dans les intrigues principales à plusieurs reprises, et est surtout le seul personnage homosexuel et noir vraiment visible tout au long de la série. Sa présentation est d’ailleurs le sujet d’une blague de la part de Ted envers Robin (“Barney et son frère ne sont pas exactement identiques… James est gay”) : le rire est alors provoqué par la juxtaposition des deux déviances une fois que Robin découvre l’aspect déviant le plus visible de James. (NB: le terme déviant est utilisé dans son sens sociologique, càd qu’il désigne ce qui n’est pas conforme à la norme).

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Malheureusement, c’est à peu près tout ce que l’on apprendra de James, qui se limite donc à être noir et gay (comme s’il s’agissait de traits de personnalité) tout en jouant un rôle qui est censé assumer la responsabilité à lui seul de la diversité supposée de la série.

Le gros problème du personnage de James est sa limitation: il est conçu dès le début comme un personnage miroir de Barney, en non-blanc et non-hétéro. Sa définition évolue légèrement lorsqu’on apprend qu’il se marie et a un enfant, puis divorce, bien que son comportement soit quasiment similaire à celui de son frère, dans le célibat et en couple.

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En tant que personnage homosexuel (de ce côté là aussi on n’en a pratiquement aucune représentation dans la série), il n’aide pas particulièrement à briser les clichés: on comprend qu’en tant que célibataire il enchaîne les relations d’un soir (cliché répandu sur les gays), et en tant que “wingman” de Barney (copilote), il répond aussi à la croyance répandue du caractère efféminé des hommes homosexuels (ex: en demandant à une femme d’où vient l’écharpe qu’elle porte).

En tant que personnage racisé, il est fréquemment utilisé pour aider et guider les protagonistes en leur offrant son point de vue. Je l’associe donc au trope du “Magical Negro”, ce personnage secondaire noir qui tend à apporter son aide (souvent spirituelle) au personnage principal, sans attendre quoi que ce soit en échange. Ses propres problèmes sont toujours évoqués pour faire écho à ceux des protagonistes, et dans le cas contraire, il semble toujours agir de façon honnête et généreuse:
Single Stamina: Barney réagit de façon immature face au mariage imminent de James, et ce dernier l’aide à accepter ce nouvel engagement. Son aide “spirituelle”/sa générosité revient dans beaucoup d’épisodes: The Yips, Cleaning House, Noretta, The Rebound Girl, The Locket…
Coming Back: l’évocation de son divorce est l’amorce d’une intrigue entourant Barney et son manque de foi dans le mariage.

N’oublions pas le trope du “Soul Brotha”, ce personnage afro-américain qui est censé avoir des répliques cool, être “badass”, et avoir des compétences naturelles dans certains domaines (chanter, rapper, etc). L’exemple de Cleaning House, épisode dans lequel James rencontre son père pour la première fois, est assez frappant: leurs retrouvailles s’illustrent par un duo au piano de Stand By Me (Ben E. King).

  • Ranjit, le stéréotype du chauffeur de taxi Indien

Ranjit est un personnage qui me navre profondément, et ce pour plusieurs raisons:
– D’une part, il ne m’a JAMAIS fait rire. Je n’ai jamais vraiment compris le gag récurrent de ce personnage et son “Hellooo! » tonitruant, à moins qu’il y ait une référence culturelle qui m’échappe dans cet humour.
– D’autre part, il correspond à un stéréotype agaçant du chauffeur de taxi forcément Indien (ou Afro-Américain, ça dépend). Il est le seul représentant de la minorité asiatique dans la série (voir ces données); on a donc droit à un personnage limité et réducteur pendant 9 saisons.
– Enfin, c’est peut être le personnage le moins développé de la série tout en étant présent à chaque saison de façon récurrente. Je ne pourrais même pas parler de “développement” de personnage, puisque ses répliques sont intentionnellement courtes ou répétitives, et les quelques infos qu’on glane sur lui ne font que renforcer la vision stéréotypée du chauffeur de taxi Indien: il a une femme nommée Falguni, et il a vécu un mariage arrangé.
– Que sait-on de lui à vrai dire? Même pas son nom de famille…

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Ce personnage correspond à plusieurs tropes. En premier lieu, c’est la caution minoritaire de HIMYM (Token Minority) qui représente à lui seul la minorité Asiatique (sans bien sûr prendre en compte le fait qu’un personnage originaire du Bangladesh n’est pas représentatif d’un continent entier). En second lieu, il correspond au trope de l‘impolitesse Asiatique (Asian Rudeness) en intervenant régulièrement ou en observant les protagonistes dans leurs moments d’intimité tandis qu’ils se trouvent dans son taxi. Étonnamment, il échappe au trope le plus récurrent, celui du mauvais conducteur Asiatique (Asian Drivers), bien que ce cliché soit compensé par son manque de respect pour l’intimité des autres.

Ranjit est un personnage dont l’humour repose essentiellement sur les clichés culturels qui lui sont associés: une de ses plus longues répliques est d’ailleurs dite en persan, et ses “traits” de personnalité (je me dois de le mettre en guillemets, puisque ce personnage n’est presque pas défini) soulignent l’humour racial qu’il est censé apporter à la série (sa jovialité perturbante, son manque de respect pour l’intimité…).

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  • Daphne, la “Sassy Black Woman”

Je l’ai déjà évoqué dans l’article précédent, mais il me semble qu’il faut revenir sur ce personnage qui renvoie à des notions racistes et sexistes dans sa conception. Je parle bien sûr de la “Sassy Black Woman » (Femme Noire Impertinente).

Ce trope correspond à une femme noire définie comme impertinente, autoritaire, libérée sexuellement, souvent sensible voire susceptible aux remarques discriminantes (voir aussi “Everything is racist”) et au caractère bien trempé. C’est un personnage sympathique aux yeux du spectateur du fait de son sens de l’humour, mais aussi parce qu’il est censé apporter une vision “positive” et représentative d’une minorité ethnique. Sa liberté sexuelle (cf. Donna dans Parks & Rec) tire ses origines dans la conception raciste selon laquelle les femmes noires ont une sexualité “sauvage” (voir aussi: néocolonialisme). Elle tire son autorité de son statut de mère (cf. Shirley dans Community), cliché que l’on peut retracer en observant la représentation des esclaves noires aux USA (voir aussi le trope Mammy et le personnage de Hattie McDaniel dans Autant En Emporte Le Vent).

Daphne apparaît au début de la saison 9 de HIMYM lorsqu’elle prend part malgré elle à un covoiturage avec Marshall. Elle correspond complètement au trope de la Sassy Black Woman avec son impertinence, son agressivité, son humour énervé et son autorité, qui contrastent d’autant plus avec le personnage de Marshall.

On ne sait évidemment rien d’elle, excepté qu’elle est une mère célibataire. Pas de nom de famille, et peu de développement d’un personnage qu’on suit pourtant sur 8 épisodes.

Ce personnage est un condensé de clichés racistes et sexistes navrants, en particulier dans la mesure où la série intègre très peu de personnages non-blancs dans sa distribution. Malheureusement, le trope de la Sassy Black Woman persiste dans nombre de séries télévisées et films (cf. Coven, The New Normal), et empêche toute représentation non stéréotypée de personnages de femmes noires.

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  • Quelques autres clichés racistes

On notera aussi l’épisode The Autumn of Breakups et la transformation temporaire de Marshall en Sassy Black Woman, en tentant de trouver sa “déesse intérieure » avec l’aide de Lily.

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Janet McIntyre est le seul personnage afro-américain que l’on verra sortir avec Ted. Malgré sa présence (lors d’un seul épisode) dans une distribution à 99% blanche, le trope “But Not Too Black » apparaît ici: dans ce cas, il s’agit du choix récurrent de personnages « pas trop » racisés dans des couples interraciaux, d’où le trope « mais pas trop noir-e » (que je répugne à traduire très franchement).

Kevin, le petit ami de Robin lors de la saison 7, est un personnage plutôt intéressant dans la mesure où il n’est pas défini dès le départ par des clichés racistes et forme un couple interracial avec Robin pendant plusieurs épisodes. Cependant, le personnage de sa mère illustre les stéréotypes associés aux Indiens.

En conclusion, j’espère vous avoir offert une critique constructive de TaMèreLaSérie, et vous avoir montré les problématiques découlant de son racisme latent.

*Et comme toujours, vous pouvez offrir vos critiques/suggestions en commentaires.

EDIT: @ lola-wears-dirty-dresses oui en effet le personnage de Michelle est un bon exemple, et c’est d’ailleurs assez dommage de voir que Michelle, Jessica Glitter et Anita fassent des apparitions temporaires, et n’aient pas été intégrées sur le long terme comme personnages récurrents voire secondaires. Pour ce qui est de Jessica et Anita, ces personnages ne subissent pas de stéréotypes racistes (de mémoire), cependant l’intrigue d’Anita ne m’a pas vraiment réjouie car elle perpétuait des clichés sur les relations hétérosexuelles. J’espère avoir répondu à ta question 🙂

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9 réflexions sur “How I Met Your Mother et le racisme

  1. Coucou ! Pardon d’abord pour les multiples « j’aime » qui doivent tomber d’un coup dans votre boîte mail, je découvre tout juste ce blog et j’en suis absolument fan…

    Le racisme de HIMYM me consterne également, en plus du sexisme de la série (jusqu’à la fin…). Certains épisodes ont d’ailleurs été très difficiles à regarder pour cette raison (et en fait, depuis que j’ai vu le dernier, je zappe systématiquement les rediffs incessantes d’E4, c’était un peu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase). J’aimais pourtant bien cette série et certains de ses personnages, et le principe même me plaisait, mais… argh -_-

    Pour revenir sur l’article lui-même, je suis étonnée que vous n’évoquiez pas Patrice, j’aurais bien lu votre analyse de ce personnage sur le plan du racisme (voire sur n’importe quel plan, je ne supporte pas le traitement qui lui est réservé en fait). De même, je m’attendais à une évocation de l’épisode de white washing de la saison 9. Enfin, tout ça n’est pas une critique, hein, j’aurais juste eu très envie de lire votre analyse de ces éléments ^^

    En tout cas merci déjà pour cet article, qui explique les choses très clairement !

    • Bonsoir et merci pour votre commentaire 🙂 croyez bien que J’apprécie énormément recevoir un feedback aussi positif, donc ne vous excusez pas pour cela au contraire!
      Pour ce qui est de HIMYM, j’ai cherché à être le plus exhaustive possible, bien que la série dure 9 saisons et comporte beaucoup BEAUCOUP d’aspects problématiques. Je n’ai pas évoqué Patrice parce que j’ai… tout simplement oublié de l’évoquer. Peut être ajouterai-je une note à son sujet plus tard, mais pour l’instant HIMYM et moi, c’est terminé.
      Je n’ai pas évoqué l’épisode de white-washing révoltant de la saison 9 parce que j’ai écrit cet article en novembre 2013 (sur Tumblr à l’époque). J’ai été indignée par cet épisode (j’imagine que vous faites référence à l’épisode « chinoisant ») et je crois que mon indignation a participé à ma lassitude de HIMYM.

      Bref, je ne pense pas écrire prochainement sur HIMYM, j’ai l’impression d’avoir perdu trop de temps à visionner/critiquer cette série :/

      Bonne lecture sur le site!

      • Ah, d’accord, je me doutais qu’il y avait une histoire de date de rédaction d’article. Et je comprends tout à fait votre sentiment de perte de temps !!

        Je vous suivrai avec plaisir en tout cas 🙂

  2. Quand je lis vos articles honnêtement j’ai envie de m’arracher les cheveux tant ça tombe dans l’obsession… Vous voyez un peu trop le mal partout…
    J’ai envie de vous dire que l’auto dérision existe et que c’est peut être pour cela que le frère de barney va demander des renseignements sur un foulard et qu’un gay va rigoler en voyant cette scène. Peut être également que quand je vois l’attitude de Daphné eh bien ça me rappelle avec une touche de mélancolie mes copines noires du lycée qui avaient les mêmes mimiques et la même façon de parler.
    A l’époque de Coluche ou des Inconnus vous n’auriez pas survécu tant tous les clichés étaient exploités.
    Vous allez peut être me dire que c’était de l’humour mais qui dit que cette série n’en fait pas preuve aussi ? (Rappelons que c’est une SITCOM)

    Concernant le casting blanc j’ai envie de dire… So what ? Si vous tombiez sur une série avec uniquement des noirs vois cririez au racisme ? JE NE PENSE PAS !

    Donc ce n’est que mon avis et surtout je n’ai pas le temps de démonter tous vos arguments mais c’est le deuxième article que je lis écrit pas vous sur himym et ça me révolte que l’on puisse poser ce genre d’interrogations sur quelque chose qui ne s’y porte pas.
    Et, au fait, j’ai trouvé que cet article démarrait mal à partir du moment ou vous avez écrit que de par vos origines vous n’étiez pas concernée à 100%… Dans ce cas là vous n’auriez pas du aller plus loin.

    Ps : mes origines poussent TOUS mes amis blancs à me taquiner en me traitant de voleuse… Je devrais peut être ouvrir les hostilités, porter plainte et me pourrir la vie parce que sinon je ne défendrais pas la cause des pauvres jeunes du 93-arabe-italiens-vivant en HLM.

    Arrêtez de croire que les gens ont besoin d’être sauvés, surtout ceux qui ont une télé qui reçoit les chaînes diffusant himym et qui se trouveront (ou pas) choqués par tous mes détails que énumérez. Et si vous avez vraiment une envie irrépressible de sauver le monde, commencez par le mec qui tend la main tous les jours dans le métro.

    Désolée pour ce ton froid et à la limite de la condescendance mais ma discrimination positive de mon point de vu eh bien… C’est de la merde. Et je sais de quoi je parle donc ne l’exploitez pas…

    • Bonjour, merci pour votre commentaire.
      Je comprends que vous soyez en désaccord avec la grille d’analyse que j’utilise: ce que j’écris s’ancre dans les cultural studies et dans une dénonciation militante des formes d’oppression véhiculées par les médias. C’est un type de critique qui est encore souvent dénoncé, parce qu’on lui reproche (à tort selon moi) de vouloir censurer la culture.
      Quelques chiffres pour expliquer la dénonciation que je fais régulièrement des castings entièrement blancs: (cf cette étude) sur 500 films diffusés en salles aux Etats-Unis entre 2007 et 2012, seuls 10,8% des personnages ayant des répliques sont noirs, 4,2% sont hispaniques, 5% sont asiatiques et 3,6% sont métisses ou ont d’autres origines ethniques, tandis que 76,3% des personnages ayant des répliques sont blancs. Donc on constate déjà une invisibilisation des non-blancs au profit des blancs.

      Ensuite, si on s’attaque à la représentation en elle-même (c’est à dire la façon dont les minorités sont montrées à l’écran) on constate là encore des clichés bien ancrés (ex: dans le document dont je vous envoie le lien, on y constate que les femmes hispaniques sont plus sexualisées que les femmes noires, puis que les femmes blanches, et plus que les femmes asiatiques). Un site entier a été consacré à ce qu’on appelle des tropes: des schémas récurrents dans les médias. Les tropes ne sont pas nécessairement mauvais/racistes/etc. Cependant, lorsqu’une minorité ethnique est confinée à une représentation unidimensionnelle, le trope devient problématique parce qu’il limite les possibilités de représentation de cette minorité ethnique, ce qui tend à contribuer au racisme systémique.

      Je ne crierais certainement pas au racisme s’il y avait un casting entièrement noir et ce pour une raison très simple: il n’existe pas de racisme anti-blanc (càd que les blancs ne sont pas oppressés systématiquement à n’importe quel endroit de la société au profit des non-blancs: ils sont plus visibles dans les médias, dans les institutions politiques et intellectuelles, ils ont moins de risques d’être tués, de souffrir de violences liées à leur race, de ne pas obtenir un emploi, d’être refusés dans certains lieux…. la liste continue…). Par ailleurs, les castings entièrement noirs sont… très rares, et le sont souvent pour 2 raisons: 1) le média vise consciemment les noirs comme audience (par exemple: Ma Famille d’abord qui est une sitcom reprenant les codes des sitcoms blancs pour viser les noirs) 2) le média parle d’une question raciale comme… l’exclavage (12 Years a Slave par exemple). Il n’existe pas à ma connaissance de média ayant un casting entièrement noir visant l’ensemble des spectateurs. Himym est, au contraire, une sitcom n’ayant pas de cible raciale: c’est une sitcom qui se veut « pour tout le monde », ce qui laisse entendre de façon extrêmement pernicieuse qu’être blanc est la norme.

      En consommant constamment des médias qui privilégient les blancs dans leur représentation, nous intégrons de notre côté que le fait d’être non-blanc signifie ne pas être dans la norme. C’est un problème qui revient aussi dans les médias destinés aux enfants: étant non-blanche moi même (asiatique), j’ai toujours eu du mal à pouvoir m’identifier aux héroïnes de dessin animé, et j’ai souvent eu l’impression de ne pas être « normale » car… non blanche.

      Pour ce qui est de l’humour, je vous réfère à cet article très complet par Myroie à propos de l’humour.

      Concernant Coluche ou les Inconnus… oui je n’aurais peut être pas survécu… mais je suis bien heureuse de vivre à mon époque et non pas il y a 30 ans, justement pour cette raison (ma soeur à l’époque aurait été considérée comme une malade mentale puisque homosexuelle, et elle n’aurait pas pu se marier. De mon côté, il aurait fallu que je cache ma bisexualité pour être « normale »)

      Si vous êtes intéressée (je suppose que vous êtes une femme du fait de votre prénom, n’hésitez pas à me corriger) par des articles sur le racisme, les cultural studies, ou autre, n’hésitez pas à poster un commentaire.

      A bientôt peut être 🙂

  3. nora> si vous avez une envie incommensurable de faire chier quelqu’un avec des détails et de lui apprendre ses priorités avec condescendance, commencez donc par quelqu’un qui s’attaque aux autres, PAS par quelqu’un qui défend leurs droits.

  4. Bonjour,
    Je viens de lire votre article ainsi que quelques remarques. Je tiens à dire que je ne suis absolument pas d’accord avec vous ! Il n’y a pas de racisme anti-blanc et être blanc est la norme ? Dans ce cas là je vous invite vivement à faire un voyage de quelques mois en Arabie Saoudite, Congo ou même Japon ! Ces pays comme bien d’autre n’accepterons que difficilement les blancs. Ou autrement dit ceux qui ne sont pas au norme, pas arabe et musulmans. Ou pas noir et musulmans. Ou tout simplement pas asiatique. How I met se destine au pays US, Europe et autre pays anglophone. Au final ils respectent à peu près les pourcentages de population qui le regarde. De plus, beaucoup de film US font apparaître des noirs, des asiatiques, des arabes, des indiens. Par contre, ayant vu énormément de drama je n’ai JAMAIS vu un seul noir ou un seul arabe. Et même pas de blanc. Je ne vois pas comment on peut donc parler d’une série raciste. Les séries issus de pays d’origine blanche sont les seuls à montrer d’autre origine dans leur films. Comme dans la vie. On a rarement vu des couples asiatique-noir ou asiatique-arabe et même asiatique-indien. Mais des couples blanc-asiatique oui ! De même des noir-arabes sont rare mais des couples noir-blanc et arabe-blanc sont courant. Il serait peut être judicieux de commencer à penser que les cocasiens ne sont pas les plus racistes et les moins ouvert.
    Sur ce, je vous souhaite une agréable journée !

    • Bonjour,
      merci pour votre commentaire, je le prends en compte. Je vous invite à lire cet article sur le « racisme anti-blanc ».
      Si vous n’êtes pas convaincuE par cet article, je vous recommande de ne pas vous faire de mal en lisant le reste des articles se trouvant sur notre site, vous risquez de vous faire du mal pour rien.
      Bonne journée

      EDIT: ne vous avisez pas de revenir poster un com de whitesplaining.

    • Tu veux qu’on parle de dramas asiatiques ? Parlons de dramas asiatiques.
      Historiquement, la réalité de l’immigration dans les pays asiatiques n’est pas du tout celle des pays comme les USA ou les pays européens (de l’Ouest… parce qu’en Europe de l’Est c’est encore différent). Non, il n’y a presque pas de personnage noir dans les dramas (et quand ils y figurent, car il arrive qu’ils y figurent, c’est puissamment raciste), mais il n’y a pas non plus une grosse population de noirs dans la plupart des pays qui produisent des dramas (Japon, Corée, Chine, HK…). Au Japon par exemple, pour autant qu’on sache parce que le Gouvernement nippon ne se base pas sur les origines ethniques mais sur la nationalité pour ses statistiques (ce qui montre déjà l’esprit), ce sont 98,5% des habitants qui sont d’origine japonaise, les autres « ethnies » les plus représentées étant également asiatiques (Corée et Chine). Alors des noirs et des arabes tu vas pas en voir des tonnes dans la rue, du coup il n’y a pas de raison de les représenter dans les séries. Aux USA, un quart de la population n’est pas blanc. Un quart. Tu vois la différence dans les questions de représentation ?
      Un couple mixte, aux USA, c’est fréquent (même si ce n’est légal que depuis quelques décennies), en Asie, c’est encore une erreur statistique à ce jour ! Le passé racial des USA est totalement différent du passé racial des pays asiatiques, qui ont été des colonies ou des comptoirs bien plus longtemps que les USA, lesquels ont de leur côté connu plusieurs vagues d’immigration, la question (oh, trois fois rien) de l’esclavagisme, et les mouvements migratoires modernes. Des choses que les pays asiatiques ne vivent pas du tout de la même façon : il n’y a donc pas de raison qu’ils abordent les mêmes sujets de la même façon.
      Si tu veux je peux te faire le même topo sur quasiment le pays de ton choix (et pour les cas où ce sont des pays non-blancs avec une forte immigration, cette immigration est souvent… blanche, et dans ce cas c’est la population « native » qui en pâtit ; je t’invite à googler « Apartheid »).
      Et ça c’est juste pour les « quotas », c’est-à-dire la quantité de représentation. Il y aurait long à dire sur la qualité de cette représentation. Mettre un noir dans une série juste pour répéter qu’il est noir et donc qu’il sait chanter et jouer au basket, ça reste raciste. Mettre un indien/pakistanais/libanais (honnêtement il me semble qu’il mentionne être libanais à un moment mais je suis plus sûre) juste pour qu’il conduise un taxi et parle avec un accent à couper au couteau, ça reste raciste.
      How I met your mother est raciste, c’est un fait, et dans un contexte où le racisme devrait être encore plus choquant vu que c’est dans un pays multi-racial. Le fait que d’autres territoires soient racistes (au passage : de par l’Histoire, et non à cause de la couleur de peau des habitants) n’excuse pas le racisme d’une série américaine qui, d’après tes propres dires, s’adresse à des territoires où les ethnies sont mélangées.

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